Jeudi 13 septembre 2007

Kymodokè en brume et le violent Neptune
ont tous les deux passé le cap de ma vigile
et les flancs alourdis de la nuit se détachent
en cavale en écume en alliée des algues
et des  formes salines
et le sable s'émeut de l'empreinte laissée
par les sabots de corne un peu d'eau dans les traces
un peu d'eau qui remonte à travers les grains d'or
— dans la nuit l'or se rêve en mêlée d'eau, de sable —

la mer est sous ses pas qui sourd des flaques rondes

— Cavale au sable d'eau mêlé et d'or rêvé
mes doigts sont âprement noués à sa crinière.


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Poséidon & Iris

par Triplex Nomine publié dans : sables
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Dimanche 29 juillet 2007

[ ajout du 5 août : Ce Lab/oratoire devient aussi sonore, et vous pouvez désormais entendre les Sables en paroles soufflées dans le vent. ]


Nous allions au désert il est vrai seulement pour y trouver le vide ou l'aride et l'unique
sans même nous douter que du réel le fil qui se tord en ces versets lassés et se dévide au creux de la page en marge des vagues clame
la chair les remous du sang qui s'offre à la Lune
et loin de nous alors le chant de la dune et loin de nous les génies aux paroles soufflées en chevaux dans le vent

Nous allions au désert
et qui sait si nos vies étaient comptées ou rêvées
ou noyées de lune
déterrées d'une terre infertile
ou simplement laissées au bord d'une route
et nous allions jusqu'à ce que l'âme nous en tombe

et voici que nos vies sont telles :
comptées plus que rêvées
noyées en terres
et stupéfaites des pluies
qui ne tombent que pour grossir les flaques
martelées par nos bottes

Il est temps de dire des poèmes au long cours et de grand souffle
des poèmes giboyeux qui regorgent de mots indomptés taillés en flèches
ou affilés en lames pour saccager le nom pour démembrer le corps
du dieu qui se veut seul
il est temps de dire la terre grasse de fauves et l'eau pleine d'écailles
il est temps que les oiseaux s'abattent un instant signe de l'esprit vaincu qui retourne à la terre

l'esprit s'enlise en terre de ses flancs et s'alourdit du lait de ses mamelles
l'esprit veut la chute et n'espère rien sauver

il est temps de dire le multiple et la pluie et les bulles et l'écume, la mousse et les racines, l'entrelacs et la tresse et le sang dans ses veines
ah je vous en ferai de ces vers comme éclos au sous-bois des bas-ventres
pour dire de la terre
humide l’abonde déesse aux jambes lacées
ceinte de lignes
rouges croisées
peinte de signes
feuilles et graines
pour dire de la terre
toute la pluie dorée
enlacée à son herbe
entravée en ses failles
et féconde de nuit
mouillée en ses étoiles
nouées jusqu’à l’éclat
du lait de Lune en elle
venu ceindre d’argent
Cendrine en attelée
d’Iris mère d’Eros.

Nous marchions je l’ai dit sur le corps blanc grainé
des sables et nos pas semblables à des sceaux
marquaient en creux nos vies d’hommes vaguant aux dunes
allant à l’envie des yeux lourds bercés aux courbes 
de ces mers arrêtées qui nous menaient aux soirs
où nous établissions nos campements d’obscurs
ô mais vraiment d’obscurs mariniers des mers mortes

— le sommeil maintenant vient frapper à nos yeux
et maîtres patelins sommes nous qui laissons
notre dieu seul mais seul ne l’est-il pas déjà
ô le ciel qui s’échappe et nos doigts qui en tremblent
sur le sable où s’enfouir comme en nuit plus chaude et
murmurante plus dense et en nuit plus nombreuse
et plus lourde de sens que celle des étoiles

J’ai besoin d’un abri contre le ciel unique
un abri pour mes yeux qui sont toujours peuplés
images de Psyché où Eros se contemple
images d’or nombreux soleils plantés en terre
— mais le ciel qui s’échappe et nos doigts qui en tremblent
et le vent sur le sable en génies galopant
et voici : nos cœur vont, poussés comme les dunes

soufflés plus que poussés et doucement pressés
laissant ici et là des lambeaux de chair vive
comme un corps pour le sable au cœur vibrant d’abeilles
pour le sable fait corps en étendue de courbes
où s’enfoncent nos pas où s’écrivent nos erres
et la terre femelle aime ces creusements
— calices pour les dieux qui s’abreuvent de nous


   
par Triplex Nomine publié dans : sables
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