(la mer veinée de blanc plissée d’infimes rides
vue de haut en mon vol saigné aux stries du vent
la mer en gonflements marmoréens fendue
aux milles bulles de l’écumeuse marée
immobile depuis mon ciel soufflant d’azur
la mer est sans mesure en étendue nappée
— m’épanouir à ce rêve en ce rythme battu
d’eau fouettée comme lait pour ce corps qui se cabre)
nacelle
aux flots de mon sang au flux d'océan de son envie
nacelle
en carène caressée d'algues aux vagues de ma sève
nacelle
et moi d’hélice
dans l’eau fertile entouré de saccades
jaillirait toute l'âme en fleuve et sang écrit
cela ne suffirait pas pour dire le manque
qui creuse ma paupière et mon cœur et mon sang
et mes flancs et mes reins et ma tête et mes mains
car ma paupière et mon cœur et mon sang et mes
flancs et mes reins et ma tête et mes mains se creusent
de jour en jour et nuit après nuit — le temps vient
entre elle et moi et se déverse entre elle et moi
le temps non pas goutte à goutte mais mer à mer
le temps océanise entre elle et moi les heures
ma paupière et mon cœur et mon sang et mes flancs
mes reins et ma tête et mes mains autant de vagues
autant de vagues
sur nos corps en récifs
sur nos corps en récits de la pierre alchimique
nos demeures sont des mots épris de la chair
mots de cuivre vrillés vers la lune cerclée
de toutes nos nuits en figures de l’éclat
— Soleil en capture et son regard aux éclipses
lame de l’alfange au clair sous nos yeux trempés
gris et bleu le miroir de la mer porte-vagues —
sur nos corps en récifs où s’étoile l’amer
où déesse étolée en écharpe d’écume
élit demeure d’eau et dit nos corps unis
en récits comme autant de vagues sur nos corps
en récifs