Vendredi 21 décembre 2007

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La houle bien croupée hennissantes ses vagues
c'est le corps de la mer qui se cabre et s'abat
et les flots balancés affrontent les hauts-fonds
ouvrent passage et c'est – ô flottaisons passées -
une nef tourmentée et sous le choc de l'air
l'ancre amarrée encore au ventre de la mer
et belle accompagnée d'un vif bruissement d'ailes

(la déesse elle-même est bruissante au soleil
bras lacés de serpents nue sur son lit de feuilles)

Brève dans sa note mais doucement savoureuse
au bout de la langue
chair fragile au sortir des eaux
vêtue d'écume et toute présente
à l'issue du vivant coquillage
ô nacrée épanouie au sang marin
ruisselante des nuits et des aubes
que filtre la peau rubellante irriguée
des ruisseaux qui veinent le corps matriciel
ma trente-oiselle
tendre chair mêlée de nous
et belle accompagnée d'un vif bruissement d'ailes
ses couleurs déclinées sous la pluie du soleil
les oiseaux envolés sur la courbe de l'arc
qu'elle sache ces vers en allés de mes lèvres
pour chanter

sa naissance
des oiseaux

par Triplex Nomine publié dans : oiseaux
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Dimanche 2 décembre 2007


Une source où plonger les mains
au soleil
les lever ruisselantes d’or
au soleil
fines gouttes mondes épars
au soleil
de l’eau éclatée sur la pierre
au soleil
je tends le fil de l’horizon
de mes mains
un lieu où suspendre des mots
au soleil
suspendre la parole — attendre
au soleil

la naissance
des oiseaux

(17 février 2003)

par Triplex Nomine publié dans : oiseaux
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Jeudi 1 novembre 2007

Un chemin de vert et de rouge est tracé le temps du marché sous les rails de Barbès. Entre les deux rangées de colonnes de métal oxydé, peintes en gris, qui portent le chemin de fer et de rouille, il y a ce chemin vivant vert et rouge de légumes et de fruits, qui enserre le flot mouvant et diversement coloré de femmes et d’hommes dont la clameur étouffe le grondement du métro aérien. Il y a cette femme qui se fraie un passage avec son chariot à courses, encore vide ; les petites roues tournent frénétiquement, n’importe où : sur le sol parsemé de feuilles de laitues et sur le pied aguerri de milliers de gens qui n’y prennent garde — à l’exception de cette autre dame qui hurle à la mort quand le léger chariot lui roule sur l’escarpin : furie à ressaut, elle tente d’arracher la tête de la dame au chariot ; elle l’aurait au moins étranglée si elle n’avait été déviée de son but par le courant de la foule qui l’entraîne vers un étalage de poivrons. Il y a le vendeur d’olives marinées, à qui l’on désigne tour à tour dix bacs d’olives différemment assaisonnées, qui nous tend ensuite le lourd sachet luisant d’huile. Le vendeur de cerises dont les petits fruits jumeaux sont avidement happés par les acheteurs prudents. Il y a les créatures marines difformes qui vous fixent d’un œil flasque. La galette de maïs qui vaut de l’or parce qu’elle est dorée comme le soleil. Les pieds de veau fraîchement tranchés. Il y a aussi la traversée périlleuse du torrent humain pour rejoindre la rive d’un étal, ou la traversée sonore de langues étranges et lointaines qui transportent dans leur phrasé des pays rêvés — pays aux chemins verts et rouges où l’on retrouverait les mêmes fragrances, les mêmes habits, et l'on saurait reconnaître odeur et vêture comme ornements du corps historié, comme un palimpseste du corps gratté par endroit jusqu’à la trame de sa mythologie. Alors on entend aussi les tambours, et dans certains regards de noirs aux yeux bridés défilent des théories d’ancêtres et de génies.

Et il y a sa main doucement pressée, pour la guider dans notre errance sabbatine, à la recherche d’une Égypte disparue.


(Mardi 29 Juin 2004)

par Triplex Nomine publié dans : voyages
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Dimanche 7 octobre 2007

Glaces à l'entour de mes lèvres
les mots tombent sur le sol et sonnent leurs éclats
miettes d'images cristallines
bris de coupes
qui ne ruissellent d'aucun vin
îlots de plaies insaignées
les mots se disent brièvement
sur l'onde d'un fracas minuscule
ma bouche ne dit rien — juste leurs mouvements
d'âme et de nuit


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par Triplex Nomine publié dans : nuits
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Dimanche 30 septembre 2007

Je me prête au jeu de la fureur
et les marges sont épuisées qui permettaient
aux hommes de secrètement manier le feu désormais
la vie succombe à mes caresses
désormais nous sommes mélangés
comme les dieux qui se confondent
— ô ma pensée voluptueusement noyée dans les objets !

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par Triplex Nomine publié dans : nuits
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Jeudi 13 septembre 2007

Kymodokè en brume et le violent Neptune
ont tous les deux passé le cap de ma vigile
et les flancs alourdis de la nuit se détachent
en cavale en écume en alliée des algues
et des  formes salines
et le sable s'émeut de l'empreinte laissée
par les sabots de corne un peu d'eau dans les traces
un peu d'eau qui remonte à travers les grains d'or
— dans la nuit l'or se rêve en mêlée d'eau, de sable —

la mer est sous ses pas qui sourd des flaques rondes

— Cavale au sable d'eau mêlé et d'or rêvé
mes doigts sont âprement noués à sa crinière.


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Poséidon & Iris

par Triplex Nomine publié dans : sables
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Mardi 28 août 2007
  Le dernier film de Satoshi Kon vient de paraître en DVD : éloge insurpassable du rêve. 




D'autres images ici



 
par Triplex Nomine publié dans : voyages
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Dimanche 19 août 2007

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par Triplex Nomine publié dans : fiels
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Dimanche 19 août 2007
Le succès planétaire de Disneyland montre que le coup de force est en train de réussir. Car ce ne sont plus seulement nos rapports à l'espace et au temps qui y sont manipulés. C'est notre pouvoir ancestral de nier l'un et l'autre au nom du merveilleux qui s'y trouve littéralement pétrifié. Aussi, le seul fait que le monde des contes de fées y soit réduit à la plus grossière réalité tridimensionnelle constitue une catastrophe comparable à la dévastation des grands ensembles forestiers. C'est pourquoi il ne suffit pas de déplorer cette bétonisation du merveilleux sans en mesurer les conséquences : si la richesse du monde en oxygène est liée à la masse de ses forêts et si la dévastation de la forêt mentale équivaut à celle de la forêt réelle, de quel rêve pourrions-nous encore vivre quand nous voilà conviés d'assister à la détérioration systématique de l'une et de l'autre ?
Annie Le Brun, Du trop de réalité, pp. 280-1 (en poche - folio)

Une présentation de ce livre est faite sur le site de Mona Chollet.

« Voici venu le temps des idées sans corps et des corps sans idées » ajoute Annie Le Brun dans un autre chapitre. Son constat touche juste et nous montre à quel point nos sociétés s'étouffent par manque d'oxygène de la vie psychique : l'imagination. Mais le livre reste amer jusqu'au bout, déplorant la perte de corps de nos idées, de nos idéaux, sans pour autant user de cette imagination qui pourrait réenchanter le lecteur, l'encourager à explorer ses chemins de nuit, à les sentir se démultiplier comme le branchage des vaisseaux sanguins qui poussent dans son corps.
De manière plus constructive, James Hillman aime à parler de cette anesthésie, de cet éloignement des sens (aisthesis) et de la beauté (esthétique) qui jette nos contemporains dans les paysages désertiques de sèches et impavides abstractions.

Sensing the world and imagining the world are not divided in the aesthetic response of the heart  as in our later psychologies deriving from Schholastics, Cartesians, and British empiricists. Their notions abetted the murder of the world's soul by cutting apart the heart's natural activity into sensing facts on one side and intuiting fantasies on the other, leaving us images without bodies and bodies without images, an immaterial subjective imagination severed from an extended world of dead objective facts. But the heart's way of perceiving is both a sensitive and an imagining. To sense penetretingly we must imagine, and to imagine accurately we must sense.
James Hillman, Anima Mundi : return of the soul to the world, 1982 - essai repris dans City & Soul. (Uniform edition of the writings of James Hillman, volume 2, 2006)


 
par Triplex Nomine publié dans : voyages communauté : Freemen
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Lundi 13 août 2007
 

Ta langue aura beau chercher, elle ne goûtera jamais que des idées — autant dire qu'elle lèchera le vide.



La raison marche droit sur nous
ses canons qui béent face au cœur
et des noms nouveaux nous habillent
Eclats de glaives dans les yeux
plus aucun miroir désormais
nous dira l'arbre qui résonne
de l'oiseau dans la chute inverse
au ciel que remuent les orages
au ciel saignant d'ailes battues
de l'oiseau en sa chute altière
et du ciel endurci d'azur
Nos yeux sont tournés au dedans
nos lèvres labourent la terre
— et je rythme mes envies
de lune à l'aune des nuits
sans lune désormais sans
nuit où luire un peu de lune.


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© Cendrine Rovini - Descartes aux colibris
par Triplex Nomine publié dans : fiels
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Dimanche 29 juillet 2007

[ ajout du 5 août : Ce Lab/oratoire devient aussi sonore, et vous pouvez désormais entendre les Sables en paroles soufflées dans le vent. ]


Nous allions au désert il est vrai seulement pour y trouver le vide ou l'aride et l'unique
sans même nous douter que du réel le fil qui se tord en ces versets lassés et se dévide au creux de la page en marge des vagues clame
la chair les remous du sang qui s'offre à la Lune
et loin de nous alors le chant de la dune et loin de nous les génies aux paroles soufflées en chevaux dans le vent

Nous allions au désert
et qui sait si nos vies étaient comptées ou rêvées
ou noyées de lune
déterrées d'une terre infertile
ou simplement laissées au bord d'une route
et nous allions jusqu'à ce que l'âme nous en tombe

et voici que nos vies sont telles :
comptées plus que rêvées
noyées en terres
et stupéfaites des pluies
qui ne tombent que pour grossir les flaques
martelées par nos bottes

Il est temps de dire des poèmes au long cours et de grand souffle
des poèmes giboyeux qui regorgent de mots indomptés taillés en flèches
ou affilés en lames pour saccager le nom pour démembrer le corps
du dieu qui se veut seul
il est temps de dire la terre grasse de fauves et l'eau pleine d'écailles
il est temps que les oiseaux s'abattent un instant signe de l'esprit vaincu qui retourne à la terre

l'esprit s'enlise en terre de ses flancs et s'alourdit du lait de ses mamelles
l'esprit veut la chute et n'espère rien sauver

il est temps de dire le multiple et la pluie et les bulles et l'écume, la mousse et les racines, l'entrelacs et la tresse et le sang dans ses veines
ah je vous en ferai de ces vers comme éclos au sous-bois des bas-ventres
pour dire de la terre
humide l’abonde déesse aux jambes lacées
ceinte de lignes
rouges croisées
peinte de signes
feuilles et graines
pour dire de la terre
toute la pluie dorée
enlacée à son herbe
entravée en ses failles
et féconde de nuit
mouillée en ses étoiles
nouées jusqu’à l’éclat
du lait de Lune en elle
venu ceindre d’argent
Cendrine en attelée
d’Iris mère d’Eros.

Nous marchions je l’ai dit sur le corps blanc grainé
des sables et nos pas semblables à des sceaux
marquaient en creux nos vies d’hommes vaguant aux dunes
allant à l’envie des yeux lourds bercés aux courbes 
de ces mers arrêtées qui nous menaient aux soirs
où nous établissions nos campements d’obscurs
ô mais vraiment d’obscurs mariniers des mers mortes

— le sommeil maintenant vient frapper à nos yeux
et maîtres patelins sommes nous qui laissons
notre dieu seul mais seul ne l’est-il pas déjà
ô le ciel qui s’échappe et nos doigts qui en tremblent
sur le sable où s’enfouir comme en nuit plus chaude et
murmurante plus dense et en nuit plus nombreuse
et plus lourde de sens que celle des étoiles

J’ai besoin d’un abri contre le ciel unique
un abri pour mes yeux qui sont toujours peuplés
images de Psyché où Eros se contemple
images d’or nombreux soleils plantés en terre
— mais le ciel qui s’échappe et nos doigts qui en tremblent
et le vent sur le sable en génies galopant
et voici : nos cœur vont, poussés comme les dunes

soufflés plus que poussés et doucement pressés
laissant ici et là des lambeaux de chair vive
comme un corps pour le sable au cœur vibrant d’abeilles
pour le sable fait corps en étendue de courbes
où s’enfoncent nos pas où s’écrivent nos erres
et la terre femelle aime ces creusements
— calices pour les dieux qui s’abreuvent de nous


   
par Triplex Nomine publié dans : sables
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Mardi 26 juin 2007

Mode d'emploi :
ce poème peut se lire tel qu'il est (encore une chance !) mais on peut également le plier en son milieu, de sorte qu'au premier vers succède le dernier vers, au second l'avant-dernier, au troisième l'antépénultième, et ainsi jusqu'à la fin qui est au centre...


Baume de Ronze ouverte ô mes veines de vert
sous la percée du jour à travers le feuillage
pluie des feuilles versée goutte à goutte à la pierre
dans son sexe de roche au silence du vert
pierre évasée qui se perce aux perles de l'eau
et toujours chute infime en arbre-pluie inverse
arbre surgi de pluie venu de goutte en pierre

mon amour

à lui-même se lie de la terre à la terre
et l’arbre à mi-chemin du ciel se lie à l’autre
entrailles creusées d’eau au grand labour du temps
et semence du sang de mes veines offertes
goutte à goutte versée ô pluie lente et solide
voie lactée douce aiguë d’étreinte minérale
en versement de lait au ruisseau de la pierre

par Triplex Nomine publié dans : pluies
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Lundi 18 juin 2007

à ses mamelles gorgées d'obscur
je bois la vie
délicieusement lourde de nuits
et qu'importe les glaives
qui découpent nos regards
au tranchant lumineux de leurs mots
je me grise à ce boire et m'éprends de mes vers



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Nyx. Vers -470 / -460.
par Triplex Nomine publié dans : nuits
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Jeudi 14 juin 2007

En passant  par ici, j'ai découvert (en fait c'est elle qui me l'a fait découvrir) cet article génialissime de Mona Chollet :  "Faiblesse de l'imaginaire de gauche : Rêver contre soi-même"

En voici un extrait :
Idées, rêves, représentations : c’est tout l’univers mental de la gauche qui est aujourd’hui anémié et discrédité. Pour des raisons en partie externes, et en partie internes. Durant la guerre froide, le communisme était assez puissant et influent pour pouvoir opposer à la culture capitaliste tout un corpus de valeurs et de références alternatives. On pouvait être fier de soi et des siens sur d’autres bases, qui valaient ce qu’elles valaient, mais qui avaient le mérite d’exister - une fierté de classe. Aujourd’hui, il n’y a plus de système de valeurs et de représentations capable de rivaliser avec le modèle dominant et les idéaux qu’il met en circulation. L’une des tâches les plus urgentes et les plus passionnantes, pour les années à venir, pourrait être de rassembler tous les éléments épars qui permettraient d’en rebâtir un ; un ensemble de références, d’idées, de représentations, qui ne serait pas aussi massif que l’a été le contre-modèle communiste - ce ne serait ni possible, ni souhaitable -, mais simplement vivant, cohérent et crédible.

Bien entendu, c'est l'article entier qu'il faut lire. Cette analyse du politique à travers le prisme de l'imaginaire fait cruellement défaut aux critiques habituelles ; c'est ce style de pensée, empreint de fantaisie au sens noble du terme, cette pensée sensible aux images et à l'invisible (et il faut aller du côté de Philippe Pignarre et d'Isabelle Stengers, ou encore de James Hillman pour en trouver la quintessence), c'est ce style de pensée que j'appelle de tous mes vœux...

par Triplex Nomine publié dans : fiels communauté : Freemen
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Mardi 12 juin 2007

Notre président au G8... Voici des vidéos qui circulent dans les médias étrangers, c'est fascinant. Au-delà de l'état de conscience visiblement brumeux de Nicolas Sarkozy, l'éloge de Poutine est remarquable...







Ajout : un complément d'information par ici.



par Triplex Nomine publié dans : fiels
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Dimanche 3 juin 2007

effacerais-je les phrases
écrites de peu de sang
pour ne laisser que les nuits
comme des cordes tendues
(pluie figée rouge ou noire ou
brune) du sol au plafond
et même de terre au ciel
— et par la nuit cordelée
nous irions sur les brisées
de l'âme qui de partout
nous précède nous poursuit

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Nephelai ou nymphes des nuages. Attribué au peintre de Sotades, vers - 500  - 450 avjc.

par Triplex Nomine publié dans : pluies
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Dimanche 27 mai 2007

Nous la voyons blanche venir
les lumières sont versées tièdes
dans nos yeux éblouis d’aède
nous la voyons belle hétaïre

qui défait sa robe légère
et qui nous serine sereine
ses airs en noire cantilène
et défait sa robe d’amers

Nous la voyons douce promise
et ses yeux finement larmés
de perles d’eau sont une arme et
nous voulons blessure et incise

dans notre corps partout dans l’âme
ses yeux dardant les pointes frêles
du désir inquiet (puisse-t-elle
son doigt en guise de calame

dessiner des ronds sur ma peau
ou me griffer des demi-lunes
et puis noyer mon infortune
au plus profond des males eaux)

Nous la voyons jeune effrayée
qui se ploie comme la ramée
oh ses courbes sont d’une almée
et la robe glisse à ses pieds

Nous la voyons blanche venir
les lumières sont versées tièdes
dans nos yeux éblouis d’aède
nous la voyons belle hétaïre

la Mort et son couteau d’argent
Lune blessée d’amour venue
couper ce fil de vie ténue
vive veine de notre sang.

par Triplex Nomine publié dans : nuits
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Dimanche 27 mai 2007

 

Nous appelons aujourd’hui tous ceux et toutes celles qui ont compris que :

1. le changement climatique est un problème majeur, pas uniquement écologique, mais aussi politique et économique,

2. s’attaquer sérieusement à ce problème (et à d’autres… guerres, pauvreté, etc.) implique une remise en cause profonde de nos modèles économiques et particulièrement de la notion de « croissance »,

 

à rejoindre le réseau « Freemen ».

Freemen est un réseau de blogs, dont les auteurs sont d’accord avec les affirmations ci-dessus (au moins) et s’engagent simplement à lier les autres.

L’objectif est de donner plus de visibilité à chacun, et à l’ensemble. De donner de la voix à tous les indépendants, à tous les esprits libres.

Chacun, comme le nom « Freemen » l’indique, pense et écrit toujours ce qu’il veut sur son blog.

L’ensemble de ces contenus formera petit à petit une nouvelle « chaîne », un nouveau « journal », chacun parlant de ce qu’il veut, politique certes, mais aussi art, culture, coups de cœur, n’importe quoi, etc.

Pour rejoindre le réseau, il suffit de :

- relire ci-dessus et être toujours d’accord

- le décider.

 

Ensuite, créer une liste « Freemen » et lier l’ensemble des blogs freemen, puis vous faire connaître de l’un d’entre eux, qui transmettra.

 

par Triplex Nomine publié dans : voyages communauté : Freemen
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Samedi 19 mai 2007

A mon rêve niché dans les plis de mes draps
à mon errance ailée qui s'émarge aux confins
du corps écrit du monde (où s'aiment tant d'images)
je demande plus de nuits
pour me nouer à elle en son corps qui me vit
et j'ajoute du noir à l'obscur qui me lie
à la matière régente de nos cœurs




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Eros chevauchant un tigre. Mosaïque de la Rome impériale.
par Triplex Nomine publié dans : nuits
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Jeudi 17 mai 2007

Je reprends ici un article sur un poème de Richard Crashaw, publié dans l'ancien Lab/oratoire, en janvier 2005, et complété par de nouveaux textes consacrés aux bulles...




Richard Crashaw (1612 - 1649) est un poète anglais. Je l'ai découvert dans l'Anthologie de la poésie lyrique latine de la Renaissance, parue chez Gallimard et traduite par Pierre Laurens.

Bulla, bulle, c'est le titre du poème qui suit. Il a été écrit en latin. Ce poème est long, et je ne vous en livre que la fin, mais tout le texte est de haute qualité, avec des passages d'un érotisme a priori insoupçonnable pour un tel sujet. Ce poète a une rare maîtrise de l'évocation, de l'image délicate et du rendu flou, un peu comme Góngora, sauf que la comparaison s'arrête là ; le poète espagnol est d'une complexité à toute épreuve et en devient parfaitement hermétique — Crashaw a une écriture légère, simple, et l'effet est d'autant plus confondant.



(...)

Je suis l'esprit bref du vent,
Je suis, oui, la fleur de l'eau,
Ou bien l'astre de la mer,
Jeu doré de la Nature,
Vain on-dit de la Nature,
Rien qu'un songe de Nature,
Gloire et martyre du frivole,
Exquise prouesse vaine,
Fille de la brise perfide
Et mère du rire agile :
Seule la goutte est plus glorieuse
Et la boue plus heureuse.
Je suis le prix de l'espoir vain,
Une des îles Hespérides,
De la beauté je suis l'écrin,
Des amants l'œil clair-aveugle,
De la gloire le cœur vide.
Je suis de l'aveugle déesse
Le miroir, ou le jeton
Qu'à ses soldats elle donne ;
Je suis le sceau dont Fortune
Scelle ses promesses vaines
A l'égard des mortels ivres,
Quand elle signe ses traites.
Je suis douce, vive, changeante,
Belle, brillante, élégante,
Parée, fleurie, juste éclose,
Ornée de neiges, de roses,
D'ondes, de flammes, d'air léger,
Bariolée, gemmée, dorée,
Je suis, je l'avoue (oh !) rien !

Richardus Crashawus : Bulla, The Delights of the Muses (1646)

(Illustration : Pétrarque, trionfi (traduction de Simon Bourgouin), France, XVIe, BNF Richelieu Ms Français 12423 , Fol. 51)


Et depuis peu, les bulles sont arrivées en philosophie grâce à Peter Sloterdijk ; son livre commence ainsi :

 

L'enfant auquel on a fait le cadeau se tient sur le balcon, fébrile, et suit des yeux les bulles de savon qu'il souffle dans le ciel à partir de l'anneau qu'il tient devant sa bouche. Voilà qu'un essaim de petites bulles jaillit vers les hauteurs, son allégresse chaotique rappelle un lancer de billes nacrées bleues. Ensuite, lors d'un tentative ultérieure, c'est un gros ballon ovale qui se détache du petit cercle, tremblant, empli d'une vie anxieuse : la brise l'emporte et il descend en planant dans la rue. L'espoir de l'enfant ravi le suit. L'enfant en personne s'élève dans l'espace avec sa bulle miraculeuse, comme si, pendant quelques secondes, son destin était suspendu à celui de cette structure tressaillante. Lorsque la bulle éclate enfin, après un vol tremblant et languissant, l'artiste de la bulle de savon, sur son balcon, émet un son qui est à la fois un soupir et un cri jubilatoire. Pendant le laps de temps où la bulle a vécu, le souffleur avait dépendu du fait qu'elle demeurât enveloppée dans une attention qui accompagnait son vol. (...) Sur le lieu où a éclaté la bulle, l'âme du souffleur, après être sortie du corps de la bulle, est demeurée seule pour un bref instant, comme si la bulle et l'âme étaient parties toutes deux pour une expédition commune, la seconde perdant son partenaire à mi-chemin. (…) Pendant que les bulles se déplacent dans l'espace, celui qui les a créées est authentiquement hors de soi — auprès d'elles et en elles. Dans les globes, son exhalaison s'est détachée de lui, elle est conservée et portée au loin par la brise ; dans le même temps, l'enfant est ravi à soi-même dans la mesure où il se perd dans le vol hors d'haleine de son attention à travers l'espace animé. Ainsi, la bulle de savon devient pour son créateur le vecteur d'une surprenante expansion de l'âme.
Peter Sloterdijk, "Les alliées ou : la commune soufflée", début de l'introduction au tome I de Sphères : Bulles (Fayard, 2002)


Mais le poète Alberto Caeiro, en son Gardeur de troupeaux, avait déjà pensé à une autre philosophie des bulles, finalement moins poétique que celle du philosophe :

Les bulles de savon que cet enfant
S'amuse à tirer d'une paille
Sont translucidement toute une philosophie.

Claires, inutiles et passagères comme la Nature,
Amies des yeux comme des choses,
Elles sont ce qu'elles sont
Selon une précision rondelette, aérienne,
Et personne, pas même l'enfant qui les abandonne,
Ne prétend qu'elles sont plus que ce qu'elles semblent être.

Quelques-unes se voient à peine dans l'air lucide.
Elles sont comme la brise qui passe et touche à peine les fleurs
Et dont nous savons qu'elle passe pour la seule raison
Que quelque chose en nous se fait plus léger
Et accepte tout avec plus de netteté.

Encore d'Alberto Caeiro, toujours selon le principe : une bulle est une bulle est une bulle :

En ce moment précis monte en moi une vague saudade
Et un vague désir placide
Qui apparaît puis disparaît.

De la sorte parfois, à la surface des ruisseaux,
Des bulles se forment sur l'eau
Qui naissent puis se défont
Et qui n'ont pas de sens du tout
Si ce n'est qu'elles sont des bulles d'eau
Qui naissent puis se défont.
Alberto Caeiro, Le Gardeur de troupeaux, in Fernando Pessoa, Œuvres poétiques, Gallimard (la Pléiade) ; traduction de Maria Antónia Câmara Manuel, Michel Chandeigne et Patrick Quillier.

Enfin, une contribution personnelle à la poétique de la bulle avec la fin d'un poème intitulé "Mort et volupté" :

Et ton corps palpitant en lents battements d’ailes
en flambée de douleur en volutes d’oiseaux
te souffle en bulle exquise échappée chatoyante
en légère envolée et comme voluptueuse

par Triplex Nomine publié dans : voyages
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